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Allemagne : Interdira ? Interdira pas ?

La situation du jeu vidéo en Allemagne a déjà été évoquée à plusieurs reprises dans ces colonnes. Nous avions notamment parlé des nombreux appels à l’interdiction des « killerspiele » émanant de divers partis et organisations, ainsi que de l’annulation d’une LAN-Party à Stuttgart.

Dans leur fureur répressive, certains de nos voisins teutons souhaiteraient également bannir le paintball et les activités connexes (airsoft, laserdom, etc…) et le gouvernement fédéral a failli le faire (même si depuis, il en a abandonné l’idée). Quoi de surprenant, après tout, puisqu’à l’origine, c’étaient eux les véritables « killerspiele » ? En effet, c’est pour ce genre d’activités que le terme de « jeux de tueur » a été utilisé dans les années 80 et 90. On les accusait pêle-mêle de « trivialiser la violence », de « promouvoir l’indifférence au meurtre » et, in fine, d’être « contraires aux valeurs fondamentales de notre société ». Le plus amusant, c’est qu’à l’époque les jeux vidéo étaient exclus de cette définition et explicitement écartés des appels à l’interdiction ! En effet, à l’époque, de tels jeux mettant en scène des « opposants imaginaires » étaient jugés trop simples pour être comparables à des activités qui consistent à tirer « pour de vrai » sur d’autres personnes (même si ce n’est que de la peinture ou des faisceaux lasers innofensifs). Tout a changé en 1999 avec la tuerie de Columbine, qui a incité à s’en prendre également à Doom et consorts, désormais labélisés « virtuellen killerspielen »… puis « killerspiele » tout court.

C’est d’ailleurs à cette occasion que Günther Beckstein, à l’époque Ministre Bavarois de l’Intérieur, a commencé à les a assimiler à la pédo-pornographie. Son successeur Joachim Hermann a repris la comparaison à son compte, malgré la fureur des joueurs allemands, que d’ailleurs il ne comprend pas. En effet, comme il l’a dit lui-même dans une interview : « je ne pense pas que des gens qui passent leur temps sur leur ordinateur à tuer d’autres personnes à la chaîne et à achever leurs victimes agonisantes pour faire éclabousser le sang puissent se sentir blessés par mes remarques ». Par ailleurs, une plainte déposée contre lui pour diffamation et insultes a été rejetée au motif qu’il s’en est pris à des cibles plutôt vagues, qu’il n’a pas visé de groupe social clairement identifié, que par ailleurs il n’avait rien contre les jeux vidéo en tant que tels, que ses propos n’étaient que des opinions, et qu’il n’a pas employé de gros mots. Du moins, c’est ce que j’ai compris à la lecture du document correspondant à la décision du tribunal.

Dans un tel contexte, on ne s’étonnera pas trop de l’hystérie des « prohibitionnistes » de tout poil, qui veulent interdire tout et n’importe quoi au gré de leurs humeurs. Après Counter-Strike, certains voudraient en profiter pour régler son compte à World of Warcraft. C’est un jeu de rôles ? Pas grave, il est « addictif », et si on pouvait régler le problème de « l’addiction » en même temps que celui de la « violence », ce ne serait pas plus mal (de toute manière, l’un des Final Fantasy a lui-même été assimilé à un « killerspiel » sur une chaîne de télé allemande). Et d’ailleurs, puisque dans « World of Warcraft », il y a « Warcraft », et que l’un des jeux les plus pratiqués en LAN-Pary avec Counter-Strike est justement Warcraft 3, pourquoi ne pas mettre les deux dans le même panier ? On en profitera pour s’en prendre aux « jeux de stratégie de tueurs » (certains RTS ont effectivement été visés par le passé, comme par exemple Sudden Strike et Command & Conquer Generals). Et on en profitera, naturellement, pour demander l’interdiction des évènements de type LAN-Party ou ESL Tournament.

C’est ainsi que juste après l’annulation de tels évènements à Stuttgart et Nuremberg, un tournoi organisé à Karlsruhe s’est retrouvé dans le collimateur. Il a toutefois été maintenu par le maire de la ville, moins par affinité avec les LAN-Party que parce qu’un contrat a été signé avec les organisateurs, auxquels il faudrait payer des dommages et intérêts en cas d’annulation. Cette décision a provoqué la colère de plusieurs associations et partis politiques. Ainsi, les Verts ont manifesté leur mécontentement en se plaignant que la décision a été prise derrière leur dos (ils ont également écrit une lettre générique aux joueurs allemands qui les ont critiqués en se disant favorables à un « dialogue »). De son côté, une association de promotion de la lecture chez les jeunes y est allée de sa lettre ouverte en se plaignant de la concurrence qu’ils subissent de la part de la télévision et des jeux vidéo. Quand à la CDU, elle est plus déterminée que jamais à faire annuler l’évènement malgré les difficultés légales.

Affaire à suivre…